Le sillage de l’oubli, Bruce Machart

Le sillage de l’oubli, Bruce Machart

Tragique et rude (c’est rien de le lire), ce livre dégage une odeur de labour, de cheval, de tabac à chiquer et de whiskey. Il est aussi totalement dénué d’espoir - on se croirait dans un roman de Cormac McCarthy - mais en même temps il y règne comme une lumière dont je ne m’explique pas la source, sauf à parler de la magie de cette écriture à la fois poétique et percutante comme une balle de .22… C’est sûrement ça.

Attention âmes sensibles, il y a dans ces pages des images qu’on n’oublie pas tellement elles sont fortes. Par exemple, j’ai encore mal à la nuque au souvenir de ces quatre gamins transformés en bêtes de somme par leur père qui cherche à étouffer la douleur d’avoir perdu sa femme en se tuant au travail. Littéralement. Et non content de se tuer tout seul, il fait vivre l’enfer à ses fils et n’hésite pas à les atteler à la place des chevaux pour labourer ses terres. D’où le titre sans doute : un profond sillon tracé dans la terre jusqu’à l’oubli. Sauf que ça ne marche pas, les fils porteront dans leurs chairs la marque des obsessions de leur père rendant impossible l’oubli. Le pardon aussi d’ailleurs. Parce que chez les Skala, il vaut mieux être un cheval, on est mieux traité au final (à quelques petits détails près me direz-vous) parce que les pur sang on les économise afin de garder leurs forces pour gagner les courses qui permettront d’agrandir le domaine. 

C’est tout ce qui lui reste en fait, à Vaclav Skala, une convoitise sans borne qui fait qu’il en veut toujours plus, qu’il n’en possède jamais assez et qu’il ne recule devant aucun moyen pour y arriver. Et puis un beau jour, un autre père débarque dans les parages, un autre rapace - mexicain cette fois - flanqué de ses gardes du corps moustachus et de ces trois filles, véritables pouliches sensuelles et totalement soumises à sa volonté. À partir de là, tout bascule et je n’en dirai pas plus pour ne pas trop en dire. 
Bref, western sans indiens, véritable tragédie sur un air de country, si vous aimez le noir n’hésitez pas plus longtemps : enfoncez votre Stetson, mettez un disque de Johnny Cash et servez-vous un verre de whiskey, voilà, ça y est, vous êtes prêts, vous pouvez entrer dans Le sillage de l’oubli…


Une p'tite phrase au hasard : 

"Il avait passé l'essentiel de sa courte vie à chasser l'amertume d'une rasade par la suivante."

Quatrième de couverture : Texas, 1895. Un propriétaire terrien voit la seule femme qu'il a jamais aimée mourir en mettant au monde leur quatrième fils, Karel. Vaincu par la douleur, l'homme entraîne ses enfants dans une vie austère et brutale. Pour lui, seuls comptent désormais ses chevaux de course montés par Karel, et les paris qu'il lance contre ses voisins pour gagner toujours plus de terres. Mais l'enjeu est tout autre lorsqu'un propriétaire espagnol lui propose un pari insolite qui engage l'avenir des quatre frères. Karel s'élance dans une course décisive, avec pour adversaire une jeune fille qui déjà l'obsède.
Premier roman éblouissant, Le Sillage de l'oubli a valu à son auteur d'être comparé par une presse américaine enthousiaste à William Faulkner. À travers une écriture vertigineuse, Bruce Machart dresse le portrait sans concession d'une famille déchirée en quête de rédemption.

Commentaires

  1. Je garde ce "Sillage de l'oubli" sous le coude après avoir lu "Des hommes en devenir". Dès que j'aurai une autre période creuse, de celle où les déceptions s'enfilent, je plongerai dedans. Là, on parle de valeur sûre!

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    1. Assurément, tu ne seras pas déçue ! Quant à moi, je note ta référence "Des hommes en devenir" que je n'ai pas lu.

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