Là où les lumières se perdent, David Joy

Là où les lumières se perdent, David Joy


Alors on va se la jouer comment aujourd'hui ? Du genre bandeau de couverture avec trois ou quatre mots racoleurs ? “Hérédité Libre-arbitre Destinée”. Par exemple. Ouais ça, tout un programme déjà, juste ces trois mots posés là comme sur un tapis rouge style festival de Cannes (mais euh… posés par hasard ? bonne question, on verra ça plus tard si vous le permettez). Mais franchement, parfois je me dis que ça suffit. Largement. Normalement avec ça, avec juste ça, chacun peut aisément se construire un petit film dans sa tête, imaginer ce qui se trame derrière les mots. Moi par exemple au moment où je vous parle, je me fais tout un film avec en bande son Sweetest perfection qui résonne tellement parfaitement avec mon film que ça me fait presque peur. Eh ouais, je suis comme ça moi, une vraie poule mouillée.

Et en même temps ça tricote dans ma tête.

Oui, ça tricote et je me dis : Ou alors on peut se la jouer autrement, donner une version de ce qu’on pourrait mettre - si on était ce livre - derrière ces mots. Ok dak, comme vous voulez, on peut jouer à ça. [Début d’un exposé en trois points, ceux qui suivent l’auront compris avant moi, yeah ^^]

Mot N°1 : Hérédité. HuUuum pas facile ça. D’emblée, cash, direct, un mot comme ça. A sec. Vous me gâtez, et j’ai envie de dire wahoOou ça promet pour la suite ! Alors vous savez quoi ? Je vais abréger, regardez :
L’hérédité c’est pas seulement avoir chopé les beaux yeux de maman ou la barbe implantée bizarre comme celle de papa. Naaaan, c’est pas seulement ça, tout le monde le sait bordel ! Ne soyez pas stupides. L’hérédité c’est bien plus compliqué, ça peut être par exemple tout bêtement un nom, un nom qui fait peur. Un nom comme McNeely si on veut se resituer dans le contexte, ce qui fait du bien de temps en temps (parce que je sais que j'ai parfois l'air de m'éloigner du sujet mais en vrai pas tant que ça, c'est juste un peu alambiqué, accrochez-vous). Et alors quoi ? Moi ? Peur d’un nom ? Foutaise ! Donc hérédité, ça fait peur et en même temps on peut nier son existence et faire comme si. Comme si quoi ? Ben comme si on avait le choix pardi !
Et ça, ça nous donne pile la transition idéale vers notre mot N°2. C'est pas beau ça ? … fantastique comme parfois tout se goupille bien, si seulement tout pouvait toujours glisser comme ça...(mais là faudrait juste dégainer un autre mot : utopie, et pour aujourd'hui on va dire que c'est hors sujet d'accord ?)

Mot N°2 : Libre-arbitre (on sort l’artillerie lourde dites donc, je savais bien que la suite allait pas être simple, mon petit doigt m’en avait touché deux mots l’air de rien). Alors ok oui d’accord j’en vois déjà des qui comme moi plissent les yeux l’air de se dire ouais ouais vas-y triche, libre-arbitre c’est un mot en deux mots. Y’a libre, et y’a arbitre. Ben oui ok c’est vrai, je triche, je veux bien l’admettre. Alors admettons. Sauf que si vous y pensez aussi, c’est que vous trichez aussi, donc tout le monde triche ce qui a le mérite de remettre les pendules à l’heure. Et c’est pas plus mal au final. 
Mais bon. Sale bled quand même faut dire, merci alcool pétards et cachets pour s'échapper vite fait bien fait, et la meth bien sûr qu’on vend ou qu’on consomme selon qu’on s’appelle papa ou maman dans le cas de Jacob (Jacob c’est le mec du livre hein, faut quand même se rappeler de quoi on parle). Alors le libre-arbitre, il se résume à quoi dans tout ça ? A un truc pas plus gros qu’un poil de cul. Amen. 

Mot N°3 : Destinée. Hé beh nous y voilà, le pompon final ! Bien sûr ça pouvait pas finir autrement. Autrement que quoi ? Ben autrement que comme une quête de rédemption, what else ? Sauf que pour voir la lumière au bout du tunnel, encore faut-il marcher dans la bonne direction. J’dis ça, j’dis rien. Mais bon quand même, pensez-y. 
Vous voulez une preuve ? Ok en voici une : si vous écrivez mentalement (ça veut dire dans vos têtes hein) les trois mots en question, rappelez-vous,  “Hérédité Libre-arbitre Destinée”, ben vous verrez que ça s’écrit en forme de croix, comme si le libre-arbitre était crucifié là, entre cette putain d’hérédité et cette chimère de destinée. Et ça, direct, ça calme, parce que merde c’est trop vrai. Amen une fois encore. Je préfère couper court, car avec Destinée on peut s’embarquer loin, mais loOooin, tellement loin qu’on risquerait de se perdre. Avec Destinée, on peut par exemple décider de tuer son père pour enfin vivre sa vie (selon une théorie très intéressante de monsieur F.), on peut aussi développer un méchant petit syndrome de Stockholm et finir par se persuader qu’on aime ça (si si, ça marche je vous assure), ou alors on peut tout simplement se contenter de rêver à une autre vie tout en se laissant glisser dans le sens de la pente. Bref, on a l’embarras du choix (et quelques choix embarrassants, bon courage à toi Jacob).

Alors oui assez ! Assez de blabla, il est temps de laisser l’intéressé conclure car lui seul - après tout - est capable de nous faire comprendre de quoi parle ce livre :

“J'avais laissé l'environnement dans lequel j'étais né contrôler ce que j'étais devenu. Ma mère sniffait de la cristal meth, mon père la lui vendait, et je n'avais jamais eu les couilles de partir. C'était ma vie en résumé”.

Que dire de plus ? En résumé, c’est la vie d’un pauvre type comme il en existe des milliers, ouais c’est vrai vu comme ça, mais on pourrait se dire aussi que cette pauvre vie - ou plutôt ces pauvres vies - vues autrement, sous un autre éclairage, sont toutes des petites lumières qui se perdent dans la nuit… Et ça, merde, c’est beau non ? Donc voilà, le titre de ce bouquin est merveilleusement bien trouvé, il peut servir de boussole et nous aider à y voir plus clair, un court instant certes, puisque les lumières se perdent, mais un instant tout de même.

... Euh… toc toc toc ... coucou c'est moi, désolée je reprends quand même le mot de la fin (pas moyen de t’en empêcher, hein vilaine ? Ben nan - extrait du dialogue qui se joue actuellement dans ma tête, si, si, je vous jure c'est vrai). Ce que je veux dire c’est juste que ouf youpi on a su éviter le happy-end et welcome la bitchitude de la vie, cette bonne vieille amie qui nous fait un retour fracassant (car au final elle reprend toujours du poil de la bête, elle...)
[Bon voilà, démerdez-vous avec ça - mais simplement je vous rappelle que c’est vous qui avez voulu jouer]. 

Si y'en a qui trouvent que je parle beaucoup pour pas dire grand chose, sachez que je refuse d'en débattre. Par contre je peux vous la faire courte : ce bouquin ? pas transcendant, quelques maladresses mais aussi quelques petites lucioles qu'on a envie de suivre un instant dans la nuit, et ça c'est déjà pas mal. On verra ce qui suivra ce premier roman, David Joy a peut-être encore des choses à dire...



Et sinon, j'ai noté quelques phrases par ici (vous verrez, y'a pas mal de trucs qui sonnent juste...)


Quatrième de couverture : Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve face à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ? 

Commentaires

  1. Réponses
    1. Hey merci madame Couette ! Je suis d'accord, ça me manquait aussi, mais je crois que j'ai redémarré le vieux diesel...

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  2. Je suis totalement d'accord avec Marie Claude, j'ai été transportée par le rythme de ton billet à tel point que si je vois ce titre en librairie je n'hésiterai pas à l'acheter.

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    1. Merci :)
      Attention, le livre n'est pas transcendant, sur le même thème o
      n peut trouver plus fort, mais si ça t'inspire, vas-y ^^

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