Zombie nostalgie, Øystein Stene

Zombie nostalgie, Øystein Stene

Ceux qui ont vu The Walking Dead comprendront : ce livre commence pareil mais dans l’autre sens. Je m’explique : à la place d’avoir un type qui se réveille dans un hôpital et découvre son monde envahi par les zombies, on a ici un type qui se réveille à poil dans un entrepôt et en fait, c’est un zombie. Pas mal le pitch non ? Eh ben ouais, pas mal du tout cette idée, ça change vraiment, ce livre est un véritable ovni. Rien à voir avec les histoires de zombies habituelles, pas de scènes d’action, pas d’invasion, non, ici on rentre dans les pensées d’un être ni vivant ni mort mais dont les questions existentielles n’ont rien à nous envier : il se demande ce qu’il fait sur terre, pourquoi il existe, il aimerait ressentir des choses, avoir des émotions, des désirs et des souvenirs. En fait - c’est même le côté pathétique de sa condition - il a clairement conscience de ses manques surtout lorsqu’il se compare aux humains. Parce que oui, dans ce livre il y a d’un côté les zombies (appelé Labofniens) cantonnés sur leur île au milieu de l’océan Atlantique et de l’autre, notre monde à nous, les humains. Et je vous laisse deviner qui a le pire rôle dans cette histoire, qui a peur de la différence (pas forcément à tort d’ailleurs mais je n’en dévoilerai pas trop) et qui cherche à se débarrasser de l’autre… Au fil des pages, on comprend que les services secrets des grandes puissances mondiales ont connaissance de l’existence de l’île de Labofnia et on peut observer les comportements des uns et des autres dans les relations qui se tissent entre les “cultures”. C’est vraiment intéressant de ce point de vue que l’on peut qualifier d'ethnologique.
Evidemment, il a aussi un petit loufoque dans ce roman, par exemple ce qui est marrant c’est qu’on se rend compte avant le narrateur de ce qu’il est en réalité, c’est aussi de voir quels efforts les Labofniens doivent consentir ne serait-ce que pour parvenir à se mouvoir à peu près normalement ou pire encore pour prononcer autre chose que des sons désarticulés. Édifiant ! Bref, en tant qu’amatrice de zombie je dois dire que j’ai apprécié de changer de point de vue et de me mettre dans la peau d’un mort-vivant, il faut reconnaître que ce n’est pas une sinécure ! Par contre le roman n'est pas inoubliable, loin s'en faut, et c'est dommage car avec une idée comme ça et davantage de souffle, on aurait pu aller plus loin...

Une p'tite phrase au hasard : 

" Il aurait été plus juste de dire que j'avais la nostalgie d'une nostalgie. Que j'avais le désir d'un désir. J'aurais tant voulu vouloir quelque chose. "

Quatrième de couverture : Au milieu de l’océan Atlantique se cache une petite île dont les services de renseignements américains et européens ont gardé secrète l’existence depuis la Première Guerre mondiale. Les cartes officielles ont été manipulées et le moindre esquif qui s’approche est coulé.En janvier 1989, un homme se réveille nu dans un hangar sur l’île. Sa peau est grisâtre, son corps froid, ses membres gourds. Il ne sait ni où il est, ni comment il a atterri là. Fait encore plus troublant : il n’a aucune idée de qui il est. Pris en charge par le service d’accueil de l’île de Labofnia, il comprend que son arrivée n’a rien d’exceptionnel. Depuis toujours, les futurs Labofniens surgissent spontanément sur l’île. Ils ignorent leur identité, n’ont aucun souvenir de leur vie antérieure, n’éprouvent aucun désir, aucune émotion. Leur vie n’est pas régie par le sommeil ou la nourriture. Perdus, ils s’abandonnent à une pathétique pantomime en imitant le comportement des vivants. Mais certains refusent de renoncer au rêve de pouvoir un jour ressentir, même si le moyen d’y parvenir défie toute notion d’humanité…Roman existentiel, fable sensorielle et conte morbide tout à la fois, Zombie nostalgie est un véritable ovni du genre. Peignant le tableau d’un monde qui se découvre encore vivant, il brosse le portrait d’un autre, qui ignore être déjà mort.

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